La Russie poursuit le fondateur de Telegram pour aide présumée à l'Ukraine
©picture alliance / Geisler-Fotopress | Dave Bedrosian
La Russie a officiellement accusé le fondateur de Telegram, Pavel Durov, de faciliter le terrorisme et l’a inscrit sur une liste de recherche internationale. Le chef d'accusation principal est que sa plateforme de messagerie aide les services de renseignement ukrainiens à recruter des Russes pour mener des actions de sabotage contre des cibles à Moscou.
Le service de sécurité russe, le FSB, a annoncé le 29 juillet 2026 que Pavel Durov faisait l’objet de poursuites en vertu de l’article 205.1 du Code pénal russe, qui érige en infraction l’aide apportée à des activités terroristes. Selon le FSB, Telegram a refusé de supprimer des chaînes, des discussions et des bots activement utilisés par les services spéciaux ukrainiens et des organisations extrémistes pour coordonner des actes de sabotage, de terrorisme et de cyberfraude en Russie.
Le chatbot Leo dans le collimateur
Au cœur de ces accusations se trouve un chatbot nommé "Daivinchik/Leo". Le FSB affirme que les services de renseignement ukrainiens utilisent ce bot pour recruter de jeunes Russes en vue d’actes terroristes. Des agents se feraient passer pour de jeunes femmes afin d’entrer en contact avec des hommes et de les manipuler pour qu’ils commettent des attentats. Depuis juillet 2025, 46 utilisateurs de ce bot, âgés de 12 à 22 ans, auraient été arrêtés dans 16 régions russes pour, entre autres, des incendies criminels et des agressions contre des policiers.
Double nationalité
Durov figure désormais sur une liste de recherche internationale, selon le FSB. S'il est reconnu coupable, il encourt jusqu'à 15 ans de prison, bien que certaines sources évoquent la possibilité d'une peine à perpétuité. L'acte d'accusation s'appuie sur une enquête pénale rendue publique fin février 2026 par les médias d'État. En avril, Durov a reçu une citation à comparaître à une ancienne adresse en Russie. Le milliardaire de 41 ans, qui a quitté la Russie en 2014 et possède désormais la nationalité française et émiratie, nie toutes les accusations. Plus tôt cette année, il avait réagi avec sarcasme à la première citation à comparaître : "Ils doivent sans doute me soupçonner d’avoir enfreint les articles 29 et 23 de la Constitution russe, qui garantissent la liberté d’expression et la confidentialité des communications. Je serais fier d’être reconnu coupable !"
"Tentative de censure du Kremlin"
Telegram nie catégoriquement que la plateforme soit un refuge pour des activités criminelles. Durov affirme que Moscou invente de fausses accusations afin de restreindre l’accès à Telegram et de "réprimer le droit à la vie privée et à la liberté d’expression". Cette affaire s’inscrit dans un contexte de pression croissante du Kremlin sur Telegram, dans le but de diriger les Russes vers l’alternative d’État MAX.
On ignore si d’autres pays exécuteront le mandat d’arrêt russe. Durov séjourne actuellement en France, où il est placé sous contrôle judiciaire depuis 2024 dans le cadre d’une autre affaire concernant la modération de contenus criminels. Il n’est pas autorisé à quitter la France sans autorisation. Telegram compte environ 950 millions d’utilisateurs dans le monde et reste extrêmement populaire, tant en Russie qu’en Ukraine.
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