L'Arabie saoudite tente de rester en dehors de la guerre de Trump – mais se retrouve de plus en plus entraînée dans le conflit régional.
L’Arabie saoudite tient absolument à rester en dehors de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, mais se retrouve néanmoins peu à peu entraînée dans l’escalade. Après avoir subi pendant des mois principalement des attaques iraniennes, le royaume a choisi cette semaine, pour la première fois, de passer lui-même à l’attaque : des avions de combat saoudiens et américains ont mené des frappes aériennes conjointes contre des milices pro-iraniennes en Irak. Un troisième pays s’implique ainsi activement dans un conflit qui fait rage depuis déjà cinq mois.
Le dilemme pour Riyad est de taille : riposter encore plus durement à titre de dissuasion, ou au contraire tenter de désamorcer la situation, éventuellement en achetant le silence de certains adversaires. Les lignes de front sont désormais clairement définies.
D’un côté se trouvent l’Iran et le Corps des gardiens de la révolution islamique, avec pour alliés les Houthis au Yémen, les Forces de mobilisation populaire en Irak et – dans une moindre mesure – le Hezbollah au Liban. De l’autre côté se trouvent les États-Unis, avec le Centcom en tête, ainsi que, à des degrés divers, les États du Golfe et la Jordanie. Israël est un allié proche de Washington, mais ne participe pas activement à ce cycle pour l’instant.
Pour l’Arabie saoudite, s’impliquer comporte des risques. Le prince héritier Mohammed ben Salmane mise pleinement sur la "Vision 2030" : un pays moderne et diversifié, moins dépendant du pétrole. Ce plan ne peut aboutir si les infrastructures critiques – telles que les centres de données et les installations pétrolières – sont constamment prises pour cible. L’attaque contre Abqaiq et Khurais en septembre 2019, qui a temporairement paralysé la moitié des exportations pétrolières saoudiennes, a été un choc. En début de semaine, des images satellites ont de nouveau montré des dégâts causés par des drones à Abqaiq, lancés, selon les analystes, par des mandataires iraniens en Irak.
Les exportations de pétrole elles-mêmes sont également sous pression. Après les attaques américaines et israéliennes de février, l’Iran a en grande partie fermé le détroit d’Ormuz ; depuis lors, l’Arabie saoudite a pompé jusqu’à cinq millions de barils par jour via un oléoduc est-ouest vers Yanbu, sur la mer Rouge. Mais les attaques des Houthis contre des navires en mer Rouge et contre des aéroports régionaux tels qu’Abha et Jizan rendent cet itinéraire plus dangereux. Le détroit de Bab el-Mandeb, goulet d’étranglement crucial pour les exportations vers l’Asie, devient de plus en plus un point d’étranglement.
Pendant sept ans, Riyad a tenté de vaincre militairement les Houthis – sans succès. Depuis 2022, un cessez-le-feu précaire est en vigueur, accompagné de rumeurs concernant des accords financiers. Aujourd’hui, le royaume est à nouveau pris pour cible, tant par le Yémen que par l’Irak. Rien de tout cela ne figurait dans le plan initial pour 2030.
(©picture alliance / Photoshot)
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