Les influenceurs d’extrême droite affluent de plus en plus à Bruxelles
©Hanlin Sun via Unsplash
Sur les réseaux sociaux, ce n’est plus tant la vérité qui prime, mais l’indignation. Un groupe croissant de créateurs de contenu gagne de l’argent grâce à ce qu’on appelle le "rage-bait" : des vidéos qui mettent les spectateurs en colère en présentant des villes comme Bruxelles comme dangereuses, sales ou en déclin.
Si vous recherchez "Bruxelles" sur YouTube , vous tombez rapidement sur des titres tels que "Je suis allé dans la ville la plus détestée et la plus dangereuse d’Europe" ou "Cinq heures dans la capitale la plus sale d’Europe". Ces vidéos attirent des millions de spectateurs, bien qu’elles reposent souvent principalement sur la provocation, des images sélectives et un agenda politique marqué. Les vidéos sur Bruxelles les plus populaires deviennent désormais rapidement virales, avec des chiffres d’audience supérieurs à la population de la ville elle-même.
Un exemple bien connu est celui du Néerlandais Tom Van den Heuvel, connu en ligne sous le nom de Dutch Travel Maniac. Dans ses vidéos, il se promène notamment à Molenbeek et dans le quartier de Bruxelles-Nord, tout en provoquant les passants et en qualifiant la ville de "véritable trou à rats", comme le rapporte The Brussels Times. D’autres créateurs, comme le YouTuber de Flandre occidentale Jamie Sanders, utilisent des formules similaires : des titres en anglais évoquant des villes belges "dangereuses" ou "déprimantes", associés à des images de dégradation, de tension et de confrontation.
Selon les chercheurs, il ne s’agit pas d’un phénomène Internet fortuit, mais d’un modèle économique bien pensé. Jana Goyvaerts, spécialiste en sciences de la communication à la VUB, explique au Brussels Times que les influenceurs exploitent des algorithmes qui récompensent principalement la colère, le sensationnel et le conflit. "C’est une activité lucrative", affirme-t-elle, "mais aussi une occasion de diffuser des messages idéologiques."
La politologue Laura Jacobs, de l’ Université d’Anvers, constate également un changement manifeste. C’est ce qu’elle explique dans "Het Nieuwsblad". Alors que ce type de vidéos était auparavant plus subtil, la connotation d’extrême droite est désormais beaucoup plus explicite. Selon elle, certains créateurs provoquent délibérément des réactions, afin que les confrontations ou les actes d’agression puissent ensuite servir de "preuve" à leur discours sur l’immigration et le déclin urbain.
Les conséquences ne se limitent pas aux clics en ligne. Ces vidéos alimentent une image des capitales européennes comme des villes perdues et présentent Bruxelles comme le symbole du déclin. Les chercheurs soulignent toutefois que la réalité est plus complexe que le récit manichéen de ces vlogueurs.
Certains de ces créateurs de contenu populaires sont désormais également repérés par de véritables acteurs politiques. Ainsi, Van den Heuvel a même attiré l’attention du président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, ce qui illustre à quel point la provocation en ligne et le discours politique s’entremêlent de plus en plus.
(©Hanlin Sun via Unsplash)
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