"Partez de votre plein gré ou vous finirez dans un cercueil" : une manifestation anti-immigrés dégénère en Afrique du Sud
©picture alliance / Anadolu | Ihsaan Haffejee
À Johannesburg, Kaunga Nyirenda, un jardinier malawien, vit dans la peur depuis des semaines. Il raconte son histoire à CNN World. Début juin, deux hommes se sont soudainement présentés à sa porte et lui ont ordonné de quitter le pays. "Quand pars-tu ? Nous voulons résoudre les problèmes de notre pays. Si tu ne pars pas maintenant, tu partiras dans un cercueil, car après le 30 juin, nous n’aurons plus besoin de personne", lui ont-ils dit.
C'est le témoignage choquant du jardinier Nyirenda à CNN World. Il s’avère que ce n’est pas un incident isolé. Un mouvement qui s’oppose aux migrants et n’hésite pas à recourir à la violence gagne rapidement en popularité en Afrique du Sud.
Partout en Afrique du Sud, l’hostilité envers les migrants ne cesse de croître depuis des mois, et ces tensions se sont intensifiées ces dernières semaines. Des groupes tels que March & March et Operation Dudula mènent des actions contre les résidents étrangers ; officiellement, ils ne prônent pas la violence, mais dans la pratique, selon des organisations humanitaires et des témoins, leurs manifestations contribuent à l’intimidation, aux agressions et à l’expulsion des migrants, qu’ils soient en situation régulière ou irrégulière.
Le délai est désormais écoulé
Le président Cyril Ramaphosa a averti que l’État ne tolérerait aucune tentative visant à déstabiliser le pays et a souligné que les agressions contre les étrangers "ne reflètent pas la vision de l’Afrique du Sud". Dans le même temps, il reconnaît que l’immigration clandestine constitue un véritable problème, car elle exerce une pression sur les services publics et perturbe le marché du travail. Pourtant, pour de nombreux migrants, cela n’est guère rassurant.
Des actes de violence ont récemment été signalés dans plusieurs provinces, avec des morts à Mossel Bay et à Pietermaritzburg, entre autres. Le Mozambique a par la suite indiqué que cinq de ses ressortissants avaient été tués lors de ce qu’il a qualifié "d'attaques xénophobes". Pendant ce temps, des centaines de personnes ont cherché refuge dans des églises, des mosquées ou des abris temporaires, tandis que d’autres ont fait leurs valises et se sont préparées à un départ forcé.
Et maintenant ?
La campagne anti-immigration s’appuie sur un discours bien connu mais dangereux, selon lequel les étrangers prendraient les emplois des locaux, alimenteraient la criminalité et épuiseraient les services sociaux. Les migrants originaires du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique, du Ghana et du Nigeria sont particulièrement visés. Selon Reuters, le mouvement a acquis une visibilité considérable grâce aux réseaux sociaux et aux manifestations de rue, des personnalités telles que Nkosikhona Ndabandaba mobilisant des milliers de partisans.
Derrière cette colère se cache bien plus que la simple question migratoire. L’Afrique du Sud est aux prises avec le chômage, les inégalités, la corruption et l’insuffisance des services publics. Selon les analystes, les migrants sont donc régulièrement désignés comme boucs émissaires de problèmes structurels bien plus profonds. De plus, selon CNN, cette flambée de xénophobie s’inscrit dans une longue et sanglante histoire : les émeutes de 2008 ont fait au moins 62 morts, et des décès ont également été enregistrés en 2015 et 2019.
(©picture alliance / Anadolu | Ihsaan Haffejee)
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